Liberté de la presse en Syrie, entre espoirs et avancée fragile

Juin 2, 2026
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« La situation actuelle de la liberté de la presse en Syrie n’est pas idyllique, certes. Mais au moins, aujourd’hui, nous n’avons plus peur ! » Des mots lourds de sens, qui témoignent de décennies de répression à l’égard des journalistes, prononcés lors de la rencontre « Quelles libertés pour les journalistes en Syrie ? », organisée le 27 mai à l’Institut du Monde Arabe par Bousolah, un programme média mis en œuvre par ARIJ et l’association Journalisme et Citoyenneté et financé par l’Union européenne, DG MENA.

Cette phrase, à elle seule, résume l’essence des échanges : entre prudence, lucidité et espoir. Journalistes syriens, représentants d’organisations médiatiques et acteurs institutionnels se sont réunis pour débattre d’un sujet longtemps impossible à aborder librement : l’avenir de la liberté d’expression et du journalisme dans une Syrie en pleine transition.

Selon les intervenants, la chute du régime a ouvert un espace inédit de parole, même si celui-ci reste fragile. « La situation est transitoire. Rien n’est parfait, mais il y a du progrès », a expliqué Mahmoud Abo Rass, journaliste syrien et représentant de l’Union des journalistes syriens. Il a notamment souligné qu’il était autrefois impensable de voir un programme critiquant ouvertement le régime ou la situation politique sur un média public syrien. « Aujourd’hui, c’est une réalité. Et cela est précieux », a-t-il insisté.

Des défis…

Pour plusieurs participants, cette ouverture reste toutefois récente et encore instable. « Nous n’avons pas d’historique ni d’expérience réelle de la liberté de la presse ou même de l’exercice du journalisme indépendant tout court. », a rappelé la journaliste syrienne Yara Badr. Une déclaration qui met en lumière l’ampleur du défi auquel sont confrontés les professionnels des médias syriens après des décennies de contrôle, de censure et de répression.

Malgré les avancées observées, les obstacles demeurent nombreux. Les discussions ont notamment porté sur l’absence de véritable régulation du secteur médiatique mais aussi sur les lois jugées obsolètes et restrictives, ainsi que le maintien d’une législation sur les cybercrimes qui n’a pas été réformée depuis la chute du régime. Selon plusieurs intervenants, ces textes continuent de permettre des abus, des restrictions et diverses formes d’interdiction.

Les participants ont également dénoncé les lourdeurs administratives et les difficultés rencontrées par les organisations de la société civile, qui peinent encore à obtenir des autorisations ou un soutien concret. La montée des discours de haine, parfois même encouragés dans certains espaces publics ou numériques, a aussi été identifiée comme un danger majeur pour la cohésion sociale et le pluralisme médiatique.

La situation des femmes journalistes syriennes a occupé une place, certes timide mais importante, dans les échanges. Si plusieurs programmes de formation et d’autonomisation existent aujourd’hui, il a été souligné qu’il reste encore très peu de réelles opportunités permettant aux femmes d’accéder aux postes de pouvoir et aux sphères de décision au sein des médias syriens. « Aujourd’hui, une question essentielle se pose : comment garantir une véritable liberté de la presse en Syrie alors qu’un acteur fondamental reste encore largement absent du paysage médiatique, à savoir les femmes journalistes syriennes ? Et il ne s’agit pas seulement de leur présence dans les rédactions ou dans la production journalistique, mais aussi de leur accès aux espaces de pouvoir et de prise de décision. Car comment espérer construire des politiques réellement inclusives et sensibles aux questions de genre lorsque les principales concernées restent absentes des discussions et des instances décisionnelles ? », s’est interrogée Loujain Haj Youssef, directrice exécutive de la radio syrienne Rozana.

Mais aussi de l’espoir !

Au-delà des constats, la rencontre a aussi permis de mettre en avant les progrès réalisés ces dernières années. Jonathan Dagher, représentant de Reporters sans frontières, a rappelé l’amélioration récente du classement de la Syrie dans l’index mondial de la liberté de la presse, une avancée qu’il attribue en grande partie aux efforts acharnés des journalistes syriens eux-mêmes mais aussi à leurs sacrifices car rappelons-le des dizaines ont perdu la vie quand d’autres ont subi les pires sévices ou encore ont été forcé de quitter leur patrie pour ne pas mettre leur vie ou celle de leurs proches en danger.

Organisée dans le cadre du programme Sahafa MED II, la rencontre s’inscrit dans une dynamique plus large de soutien au dialogue médiatique dans la région MENA. Lors de son intervention d’ouverture, Marco Tassone, responsable de programme pour la liberté des médias et la démocratie à la Commission européenne, a rappelé que la liberté d’expression et la liberté des médias demeurent au cœur des principes démocratiques défendus par l’Union européenne.

Il a également souligné qu’un environnement médiatique dynamique est essentiel pour garantir un espace ouvert et inclusif de dialogue, notamment dans le cadre du Pacte pour la Méditerranée et des programmes européens de soutien aux médias indépendants dans la région MENA.

Aujourd’hui, la Syrie semble se trouver à un véritable tournant. Le pays saura-t-il réellement avancer sur le chemin de la liberté d’expression et de la liberté de la presse, et surtout maintenir cette dynamique sur le long terme ? Les journalistes syriens sont légion à y croire malgré les obstacles et les incertitudes. Encore faut-il rester unis et solidaires afin de construire un paysage médiatique crédible, pluraliste et indépendant.

Dans ce contexte, les rencontres comme celle organisée à l’IMA semblent essentielles. Elles permettent un échange constructif et sain de différents points de vue. Elles permettent ainsi à des journalistes syriens venant d’horizons différents de partager leurs expériences, leurs inquiétudes et leurs aspirations pour l’avenir. Comme l’a rappelé Marco Tassone, responsable de programmes à la Commission européenne, lors de l’événement, soutenir les médias syriens indépendants reste crucial pour lutter contre la désinformation, renforcer le débat public et accompagner la reconstruction démocratique du pays.

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